Parmi toutes les candidatures, cinq artistes ont été sélectionné·es et seront présenté·es dans le cadre d’une exposition organisée par Jean-Marc Dimanche durant ceramic brussels. Chaque artiste y dévoilera une sélection de ses œuvres.
Daria Kowalewska (1996) est une artiste sculptrice qui réalise principalement des sculptures et des installations en céramique. Elle a étudié à l’Académie des Beaux-Arts Eugeniusz Geppert de Wrocław, où elle a obtenu en 2023 un diplôme de master dans deux disciplines.
Elle a participé à plusieurs expositions et workshops liés à la scène artistique de Wrocław. Son travail a notamment été présenté lors des expositions personnelles In Silence, I Grow à la Hilleckes Gallery de Berlin en 2025, Beyond Space au BWA de Wałbrzych en 2024 et Rustling Imagination à Bulvary, à Wrocław, ainsi que dans le cadre d’expositions au NM de Gdańsk et au Rothko Museum. Lauréate du programme OP Young 22 et de l’exposition Life Takes on a Different Meaning, elle a reçu le Gold Award de la Latvian Ceramics Biennale en 2025, puis la bourse Young Poland en 2026.
Dans son travail, Daria Kowalewska aborde les transformations de la matière, les forces de la nature ainsi que les phénomènes de destruction et de décomposition. Elle s’intéresse tout particulièrement aux processus de changement à l’œuvre dans le monde naturel et à leur incidence sur la matière.
Dominik Adamec (1995) est un artiste intermédia tchèque basé à Berlin. Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Prague en 2020, il a poursuivi ses études à l’Universität der Künste de Berlin. Il est lauréat du Jindřich Chalupecký Award 2025.
Nourri par les sciences naturelles et sociales, son travail conceptuel s’intéresse principalement à la philosophie de l’évolution, à l’écologie et aux interactions complexes entre l’être humain et son environnement naturel. Sa démarche repose sur une perturbation volontaire des catégories linguistiques, des taxonomies établies et des phénomènes sociaux.
Ses œuvres peuvent être appréhendées comme des rébus ou des formes hybrides, dont l’ambiguïté invite au mouvement, à la réflexion et à la remise en question des habitudes de perception. Son travail a été largement présenté dans des institutions en République tchèque et à l’international, notamment à la Galerie nationale de Prague et à la Kunsthalle im Lipsiusbau de Dresde.
Ioulia Chante (1991) est une architecte et céramiste grecque installée à Malte, fondatrice de Babau Ceramics. Titulaire d’un master en architecture de la Democritus University of Thrace, en Grèce, obtenu en 2017, elle travaille comme assistante en design et fabricante durant ses études. En 2018, elle s’installe à Malte, où son expérience dans le secteur de la construction approfondit son intérêt pour la matérialité, les savoir-faire locaux et le patrimoine bâti.
Sa pratique de la céramique débute en 2019 par des cours de tournage à Space for Clay, avant de s’étendre, dès 2020, à la sculpture et aux techniques de modelage. Entre 2023 et 2025, elle se consacre pleinement à son activité de céramiste. En 2023, elle présente pour la première fois son travail lors du Mara Show, avec Marie Gallery 5 et Il-Lokal. L’année suivante, elle dévoile sa première exposition personnelle, What’s Bugging You?, au MSA, avant de participer à plusieurs expositions collectives, dont Clay Craft Concept au MSA et Small Bones of Courage à Spazju Kreattiv.
Son parcours multidisciplinaire nourrit une pratique fondée sur l’exploration de la matière, le savoir-faire artisanal et la narration émotionnelle. Influencé par l’architecture, la structure et la scénographie, son travail oscille entre formes épurées et sculptures miniatures complexes, souvent associées pour créer des objets domestiques intimes et des pièces artistiques. Puisant dans le patrimoine méditerranéen, ses œuvres interrogent la condition humaine et les dysfonctionnements de la société contemporaine.
Jules Bouteleux (1985) est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Nantes en 2009. Il s’installe ensuite à Bruxelles, où il développe sa pratique artistique et entame une carrière parallèle dans la décoration de cinéma. En 2013, il assure la coordination et la régie de la résidence artistique Fieldwork Marfa, au Texas, dans le cadre d’un post-diplôme professionnalisant. À son retour à Bruxelles, sa recherche d’un matériau capable de prolonger sa pratique sculpturale le conduit vers la céramique, puis vers la porcelaine.
Ses constructions s’inspirent de structures agricoles, domestiques et industrielles, souvent dissimulées ou oubliées, et explorent les paysages périphériques situés à la lisière des espaces urbains et ruraux. Son activité dans la décoration de cinéma nourrit également son attention portée aux décors, aux dispositifs et à leurs arrière-plans.
Son travail a notamment fait l’objet de deux expositions personnelles : La vie sur les pentes du Vésuve, présentée à La Confection Idéale dans le cadre de la biennale Watch This Space 9 en 2017, et Un maillet bien employé, au Collège à Crest en 2021. Il a également participé à plusieurs expositions collectives à Bruxelles, notamment aux Galeries Royales Saint-Hubert, à LaVallée et au MAGA. Plus récemment, son travail a été présenté à C14 Paris et à la galerie Terra Viva en 2024. Depuis 2019, il vit et travaille dans la Drôme, où il poursuit sa pratique au sein de l’atelier collectif Batterie, au pied du Vercors.
Sojeong You (1996) est une artiste plasticienne et sculptrice installée à Höhr-Grenzhausen, en Allemagne. Associant les techniques traditionnelles de la céramique à la fabrication numérique, elle explore la manière dont les souvenirs et les récits oubliés peuvent prendre une forme physique.
Sa pratique s’appuie sur un processus qu’elle qualifie d’« archéologie numérique ». À partir d’archives photographiques personnelles, elle réinterprète des images numérisées en les soumettant à un procédé chimique de floutage, conçu comme une réponse matérielle à l’immatérialité du numérique. Elle traduit ensuite ces souvenirs bidimensionnels en impressions 3D en céramique, dont elle laisse volontairement apparaître les motifs internes de remplissage — structures gyroïdes ou linéaires — afin de représenter les mécanismes inconscients de la mémoire. Appliquant cette approche à des lieux et à des traces historiques, elle transforme les données photographiques en structures fragiles et stratifiées, réalisées en grès et en porcelaine.
Installée dans une région marquée par une longue tradition céramique, Sojeong You utilise la technologie comme un pont entre les données numériques et la matière. En intégrant les anomalies, les fissures et les strates brutes propres au processus d’impression, elle confère une présence physique et tangible à des souvenirs par nature fragiles et éphémères.
Un jury de personnalités de renom est en charge de la sélection des lauréat·es.
Diplômé du Royal College of Art de Londres, après une formation en architecture à Bruxelles, Charles Kaisin explore depuis plus de vingt ans les processus qui génèrent la forme. Ses expériences auprès de Jean Nouvel et Tony Cragg, ainsi qu’un séjour de recherche à Kyoto, ont profondément marqué son approche du pli et de l’expérimentation spatiale, faisant de l’origami l’un de ses langages de prédilection.
Son travail s’articule autour de thèmes tels que la géométrie, le mouvement et le recyclage, transformant les contraintes en moteurs créatifs. Il développe une pratique multidisciplinaire entre design d’objet, architecture et scénographie, allant de l’échelle de l’objet à celle de l’environnement.
Il collabore avec des maisons telles que Hermès, Rolls-Royce, Delvaux et Pierre Marcolini, et enseigne le design à Saint-Luc à Bruxelles. Il est également à l’origine des Dîners Surréalistes, expériences immersives mêlant gastronomie, performance et architecture, dans un univers à la fois poétique et décalé.
Duan Zhang de Courrèges est le fondateur de Duan Zhang de Courrèges Advisory, une structure de conseil dédiée aux dialogues entre art, design et mode. Il vit et travaille entre Paris, Arles et Venise, accompagnant maisons de luxe et collections privées dans leurs stratégies de curation, d’acquisition et de développement culturel.
Formé entre la Chine, les États-Unis et la France, il développe une approche transversale et multiculturelle à la croisée de l’histoire de l’art, du design et de la mode. Après plusieurs années chez Saint Laurent puis Jacquemus, où il dirige des projets de curation et de collaborations artistiques, il fonde son advisory indépendant afin d’élargir sa vision du conseil culturel.
Il conçoit et accompagne des projets curatoriaux internationaux, parmi lesquels l’exposition Mythes – Antique et Maillolau Collège des Bernardins à Paris (2025) et la présentation de sculptures de François-Xavier Lalanne chez Christie’s à New York (2024). Collectionneur, il développe une collection transhistorique allant de l’Antiquité à l’art contemporain et participe à des jurys et comités de sélection, notamment pour les Bourses Émergence ADIAF & Catawiki et le Prix Marcel Duchamp.
Galila Barzilai Hollander est diplômée en psychologie et débute sa carrière dans le développement immobilier et l’hôtellerie, travaillant sur les relations entre espaces, structures et dynamiques humaines. En 2005, elle se tourne vers l’art contemporain, amorçant un engagement profond et durable avec la création artistique.
Depuis, elle développe une collection importante guidée par une approche intuitive et transdisciplinaire, se définissant comme une « artoholic ». En 2019, elle fonde Galila’s POC (Passion, Obsession, Collection), reflet de son rapport personnel et engagé à l’art.
À travers sa collection, elle explore l’art comme espace de dialogue et de sens, soutenant les artistes et défendant l’art comme langage universel.
Après avoir fondé et dirigé pendant vingt ans l’agence de design V.I.T.R.I.O.L., Jean-Marc Dimanche crée en 2008, avec Florence Guillier-Bernard, Maison Parisienne, une galerie itinérante dédiée aux métiers d’art français, avec laquelle il organise plus de cinquante expositions à travers l’Europe.
En 2016, il est nommé conseiller auprès de S.A.R. la Grande-Duchesse Héritière du Luxembourg et participe à la création de la biennale De Mains De Maîtres, dont il est aujourd’hui commissaire général.
Il dirige également ELEVEN STEENS à Bruxelles (2019–2022), un espace dédié aux dialogues entre art, design et artisanat. Commissaire indépendant, il accompagne de nombreuses expositions en Europe et est co-fondateur de ceramic brussels.
Shinsuke Kawahara a étudié les beaux-arts à l’Université d’Art de Musashino à Tokyo. Il débute sa carrière comme artiste visuel et directeur de création avant d’élargir sa pratique au design et à la scénographie, développant une approche pluridisciplinaire à la croisée de l’art, de l’espace et de l’objet. Depuis les années 1980, il travaille à l’international entre le Japon, la France et les États-Unis, en collaboration avec des maisons telles que Hermès, Pierre Hardy, Christofle, Fabergé et L’Oréal.
Parallèlement, il développe une œuvre personnelle singulière, notamment à travers ses figures iconiques de lapins et des installations immersives. Son travail a été présenté au Palais de Tokyo à Paris, à la Saatchi Gallery à Londres, au Centre National de la Danse à Pantin, au temple Nishi Honganji à Kyoto et chez ELEVEN STEENS à Bruxelles. Il réalise également des projets de grande envergure, tels qu’un mapping vidéo pour l’aquarium Uminomori de Sendai ou un pavillon de thé en vitrail au Musée des Arts et Métiers à Paris, tout en développant des projets architecturaux et des installations murales en céramique en collaboration avec des architectes.
Entretien avec Marie Pic
Chaque année, notre art prize met en lumière la vitalité de la céramique contemporaine en soutenant de jeunes artistes émergent·es, exposé.es notamment à l'entrée de la foire. Parmi les prix remis aux lauréat.es, le prix spécial du jury attribue à un.e artiste un espace d'exposition lors de l'édition suivante. En 2026, c'est l’artiste Marie Pic qui l'a emporté. Six mois après, nous lui avons posé quelques questions.
Comment la céramique s'est-elle imposée dans votre pratique, et qu'est-ce qui vous attire dans cette matière ?
J'ai décidé que la céramique serait mon médium au cours de mes études à l'Ensad de Limoges. L'usage des outils numériques, tout comme l'expérience de la gravure et de l'eau-forte, ont naturellement investi mon travail de la terre. J'ai commencé par appliquer des oxydes au crayon directement sur le grès, avant que mes dessins ne gagnent en épaisseur grâce à l'ajout de colombins, se transformant alors en bas-reliefs. Ces compositions accueillent des signes et des motifs liés à mon histoire personnelle. L'ampleur des pièces a, elle aussi, progressivement évolué vers de grands formats.
L'émaillage est dans mon travail une étape aussi importante que le modelage. Les couleurs d'émaux que je choisis se situent souvent dans une gamme métallique, ce qui me permet de renforcer mes intentions dans le modelage, notamment lorsque je cherche à évoquer des ferronneries, des encadrures de portes ou des portails. J'utilise aussi des émaux aux teintes vert d'eau, bleu ou turquoise, au caractère minéral, qui renforcent elles aussi mes intentions quand je représente des éléments de bijoux et d'accessoires du XIXe siècle où dialoguent émaux bleus et saphirs.
Lors de l’édition 2026, vous avez gagné le prix du jury, qu’est-ce que cette reconnaissance a changé pour vous, concrètement ?
Je suis très reconnaissante vis-à-vis du jury de l’attribution de ce prix, mais également des rencontres que j’ai pu faire pendant ceramic brussels 2026.
Je reçois plus d’opportunités et de visibilité internationale depuis, ce qui me permet de réaliser des pièces plus ambitieuses, mais également de faire des recherches de formes et d’émaux dans de nouveaux contextes enrichissants. C’est un grand soutien pour mon travail et ma pratique.
Que préparez-vous pour votre solo show à ceramic brussels 2027 ?
Mon exposition solo s’inscrira dans la continuité de mes recherches autour du bas-relief. Ils seront réalisés à partir de sampling d’images et de dessins.
Je vais réaliser une grande partie des pièces lors d’une résidence de 3 mois au CCCA de Yixing (Chine) en septembre. C’est une résidence qui m’a été attribuée lors de la 3e édition de ceramic brussels par l’intermédiaire de Jacques Kaufmann. Je compte y développer de nouvelles nuances d’émaux et réaliser un ensemble de bas-reliefs inspiré par des dessins de bijoux et d’accessoires de la fin du XIXe siècle.